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samedi 18 décembre 2010

Une cuisine pas chiche en pois...

Moins variée et moins raffinée qu'en Turquie, la cuisine du Proche-Orient n'en est pas moins très goûteuse. Outre les grillades (qu'on n'appelle plus kebab mais shawarma et qui se présentent sous les mêmes formes qu'en Turquie : doner, brochettes, sandwich durum, plat, etc. --> se reporter au chapitre "Turquie"), les savoureux plats traditionnels de viande et légumes mijotés au four, et les nombreux et délicieux mezes, ici tout tourne autour du pois chiche ! Amis péteurs, bonsoir !

Les plats populaires les plus répandus (et les moins chers), que les locaux mangent à tout heure de la journée, en vitesse accoudé à un comptoir de rue ou installés entre amis autour d'une table en fumant le narghilé, se déclinent presque toujours autour du pois (bien souvent le pois chiche) et du pain. C'est dingue d'ailleurs la variété de présentations et de goûts que peuvent prendre des préparations faites à partir de ce même ingrédient. On peut notamment citer :

- Le houmous (simple purée de pois chiche et de sésame)
- Le fateh (ça nourrit son homme pour la journée, c'est une sorte de soupe composée de pâte à pain recouvert de pois chiches chauds et de houmous.)
- Les falafels (délicieuses petites croquettes de purée de pois chiches frites dans l'huile que l'on mange soit en sandwich soit seuls comme un bon Belge mangerait son sachet de frites... c'est encore meilleur !) 
- Le foul (grosse fèves brunes chaudes au citron. Elles sont entières en Syrie, réduites en purée en Jordanie)

Comme l'indique la photo, tout ceci est toujours recouvert d'une bonne rasade d'huile d'olive et accompagné de quelques crudités et d'un délicieux pain arabe (moelleux et encore chaud le plus souvent). Alors oui, tout ceci est végétarien, vraiment savoureux mais, vous l'aurez compris, pas pour autant diététique !





mardi 7 décembre 2010

Damas

Damas, Cham en arabe, est une ville millénaire et aujourd'hui la capitale de la Syrie. Elle compte environ 5 millions d'habitants. Au premier abord, c'est une grosse ville moderne pleine de béton, de grands boulevards et de grandes places au trafic très dense. Damas est bruyante et polluée. Les autoroutes se croisent en ville, même à deux pas de la vieille ville. Les passerelles les enjambant sont prises d'assaut par des nuées de piétons auxquels cette capitale moderne ne laisse pas beaucoup de place.
  



En même temps, Damas est plus propre, plus calme, plus légère et plus libre qu'Alep. Damas est plus décontractée. La vieille ville est très belle, animée, intéressante et conviviale avec ses monuments, ses souks, ses maisons du XVIIème, ses cafés à narghilé, ses boutiques d'art, ses glaciers, ses pâtissiers et son quartier chrétien. On y croise autant de femmes voilées que cheveux au vent. On ne s'y bouscule pas. On peut facilement s'y assoir et y boire un verre.


Ici, à la sortie du souk Hamidieh, en face de la Grande Mosquée Omeyyades, les ruines du temple romain de Jupiter.



À côté, le tombeau du grand Saladin (1138-1193) pourfendeur des croisés. Saladin était kurde. Sachez que ce sont les Turcs et les Kurdes qui ont vaincu les croisés. Les Arabes n'avaient déjà plus rien à dire. De toute façon, les Mongoles qui déferlaient aux quatre coins du continent euroasiatique auraient mis tout le monde d'accord si l'épopée franque en Terre Sainte avait duré plus longtemps ! On est donc loin du cliché des Croisades opposant les Européens aux seuls Arabes !



La Grande Mosquée des Omeyyades simplement superbe. Commencée en 705 sur l'emplacement d'une église chrétienne, elle est richement décorée et ornée de mosaïques exécutées en grande partie par des artistes byzantins. Dans la cour, les gens y viennent pour discuter, se reposer et s'y détendre. A l'intérieur, la foule des musulmans se presse autour du mausolée de Saint-Jean Baptiste ou se recueille à l'heure de la prière.






Le palais Azem de Damas est un très bel exemple d'architecture damascène typique.



Ambiance magique le soir tombant dans les souks...



Même dans les rues des quartiers modernes, les surprises architecturales sont présentes !




Et puis il y a aussi ces petites rues tranquilles qui caractérisent le vieux Damas...



Nous sommes restés 10 jours à Damas où nous avions une chambre dans une maison que se partagent des étrangers qui viennent pour quelques mois à Damas apprendre l'Arabe. C'était vraiment très chouette de pouvoir se poser un peu, de se sentir comme à la maison et de faire une pause dans notre vie de nomade ! Et nous avons pris part pour quelques jours à la vie de notre quartier damascène en allant tester le hamman voisin, en faisant nos courses en abondance puisque nous pouvions cuisiner et en apprenant à jouer au backgammon par exemple...


Cora rentre dans notre petite demeure du moment...



Déjeuner en amoureux dans la cour de la maison.



Damas est donc une ville pleine de contrastes mais toujours intéressante. Nous pouvons quand même nous demander ce qu'il reste de la grandeur de Damas, de son oasis et de sa rivière à qui elle doit sa naissance.

Son oasis, la Ghoûta, est rongée par le béton et les autoroutes, elle disparaît. Sa rivière, le Barada, est couverte par les routes, ce n'est plus qu'un immense égout. Au désert grisâtre et ocre alentour succède désormais un désert de béton : la ville. 5 millions d'êtres humains, le double en journée, y sont artificiellement accrochés à la vie par les moyens illusoires d'une modernité déjà dépassée. On ne peut dès lors s'empêcher de se demander ce qu'il adviendra de villes comme Damas quand l'humanité y aura brulé toutes les ressources naturelles. Comment y vivra-t-on après y avoir gaspillé eau, nourriture et pétrole, et que l'on s'y rappellera vivre en bordure du désert ?

Quant à sa grandeur, elle est résolument passée ! Damas n'est plus que l'ombre d'elle-même à l'image de tous ses admirables monuments, palais, écoles et mosquées, que recouvre une épaisse couche de poussière et de pollution. Aujourd'hui, Damas est riche de ses habitants. Pour le reste, Damas est grise. Seule la miyiade de taxis jaunes roulant à vide lui donnent des couleurs... tout en la souillant toujours plus. Vraiment, à l'image de la Syrie, Damas est passionnante, Damas est pathétique.

Photo bonus pour Gilles D.

A Damas, nous n'avons pas vu de Mr. B. mais le souk des quincaillers est vraiment pas mal fourni !   


Bosra

Le théâtre antique de Bosra est un des mieux préservé du monde. Aux alentours se trouvent des ruines antiques dans lesquelles habitent les familles les plus démunies de la ville. Celle-ci s'étire maintenant plus au nord-ouest. Visite pathétique pour l'étranger comme pour les locaux...



Cora prend le soleil au sommet du théâtre...



Ma'aloula l'araméenne

À environ 60 kilomètres au Nord de Damas, un petit village accroché à la montagne est connu pour être l'un des seuls endroits au monde où l'on parle encore l'araméen, la langue de Jésus. À Ma'aloula, nous avons compté 6 églises et 2 monastères et seulement 2 mosquées. En haut du village, l'église du monastère Saint-Serge et Saint-Bacchus est simple mais belle, c'est l'une des plus ancienne de la chrétienté. On peut encore y voir deux autels dont la forme taillée dans la pierre rappelle les autels sacrificiels païens. Cette forme de réminiscence des coutumes antérieures au christianisme a été définitivement interdite au concile de Nicée ( cfr. Iznik) en 325.

Un ophtalmologue comme "président"

En Syrie, on trouve des portraits du président Bachar el-Assad partout : dans les rues, les commerces, sur les voitures, etc... Il est parfois en costume cravate comme ici sur la photo, ou parfois en tenue militaire. Le portrait de son père Hafez el-Assad, le lion de Damas ("Assad" veut dire "lion" en Arabe) décédé en 2000 est encore bien présent lui aussi. 

Vous l'aurez compris, pour ceux qui ne le savaient pas, Hafez el-Assad qui a pris le pouvoir par un coup d'Etat en 1970, et qui a fondé un régime basé sur le parti Baas (républicain, panarabe, laïc et socialiste) et la communauté alaouite (une des branches de l'Islam chiite et minoritaire en Syrie), a instauré une dynastie.

Pour la petite histoire, Hafez el-Assad avait prépare son fils ainé pour sa succession. Bachar lui, peu porté sur la politique, vivait à Londres où il officiait comme ophtalmologue. A la mort  inopinée de son frère, son père le rappela pour le préparer à le remplacer. Bachar revint au pays, entra à l'armée et puis à la mort de son père commença sa carrière de président ! Original, non ?



Parfois, comme ici dans une rue de Damas, on peut voir des affiches où le président actuel figure avec son père (en gris) et le leader du Hezbollah (mouvement politique chiite libanais possédant une branche armée). On peut se demander ce que fait un leader d'une république officiellement socialiste et laïque avec le leader d'un mouvement politico-religieux. C'est que les deux hommes ont le même ennemi. Israel occupe une partie de la Syrie depuis 1967 (le plateau du Golan) et le Hezbollah doit souvent défendre le Liban contre les agressions de son voisin du sud. Dans les échoppes de Damas, on vend même des magnets (aimants pour la porte du frigo) à l'effigie de Bachar el-Assad et du leader du Hezbollah tout à côté de ceux de Che Guevara ! Vous aurez compris la symbolique.


Palmyra... synthèse des civilisations

Au beau milieu du désert syrien, les ruines de Palmyra se dorent au soleil. Spectacle superbe dans un environnement hypnotisant, les ruines de cette cité-état du début de notre ère racontent le Moyen-Orient. Palmyra est en effet un superbe exemple d'une des ces synthèses culturelles dont la région a toujours eu le secret. Ici, on peut admirer le mariage entre la culture araméenne (sémitique), la culture grecque (héllenistique) et la culture romaine. Ainsi, nous pouvons observer des pierres où sont représentés côte à côte les dieux grecs et arabes. Nous pouvons y voir des monuments où les inscriptions araméennes côtoient les inscriptions grecques. À une certaine époque, christianisme naissant et polythéisme greco-arabe y cohabitaient... Pas de choc, ni de rupture comme les fantasment tant les historiens... plutôt une culture qui évolue tranquillement, du changement dans la continuité.        





Occident/Orient, choc des civilisations ?

Si en Europe, nous utilisons ce que nous appelons les chiffres "arabes", dans les pays arabes du Machreq (levan arabe), on utilise les chiffres que l'on appelle "indiens". En réalité, ce serait les mêmes déformés et ils nous viendraient tous d'Inde. Le mot "chiffre" vient lui même de l'arabe "Sifr " qui signifie "Zéro, vide". Et ce mot arabe lui-même viendrait d'un mot "sanskrit " (indien) signifiant la même chose. Comme le zéro est la grande innovation du système de chiffres arabes, il a fini par désigner tous les chiffres... 

Voici par exemple une plaque d'immatriculation syrienne. On y retrouve les deux graphies... En Syrie, non seulement on ne sait reconnaître aucun mot, aucune phrase, si on ne sait pas lire l'alphabet arabe... mais en plus on doit réapprendre à compter !!! 



Cet état de fait est somme toute anecdotique. Néanmoins, pour nous, l'utilisation des chiffres indiens, parfois simultanément avec les chiffres arabes, comme par exemple sur cette plaque de voiture, illustre bien le Moyen-Orient, berceau de la civilisation et de notre culture, terre de multiculturalité et carrefour des peuples, des connaissances et des richesses. Aujourd'hui, l'Occident triomphant (pour combien de temps encore ?) ne l'a-t-il pas oublié ?

En effet, le Moyen-Orient, politiquement, économiquement et culturellement "décadent" depuis quelques siècles, est généralement méconnu des Occidentaux qui en disent, en pensent et en font n'importe quoi. Il faut dire qu'en Europe ou aux Etats-Unis, quand il s'agit du Moyen-Orient, qui cristallise aujourd'hui les passions, on cultive l'ignorance et la bêtise... Depuis l'école jusqu'au journal télévisé ; naiveté, imbécilité ou manipulation n'ont pas fini de représenter le Moyen-Orient et ses populations sous d'affreux aspects en rien correspondant à la réalité. Sans doute est-ce dans l'intérêt des gouvernements et entreprises qui savent ce qu'ils ont à y gagner. 

En Occident, on a vite fait d'amalgamer Turcs, Arabes, Iraniens et tout autre peuple moyen-oriental dans un ensemble nébuleux appelé "musulman". On ne lit plus les cultures, les histoires des peuples ou leur situation actuelle que sous le prisme de la religion. Ainsi, on ne connaît rien et on mélange tout : la religion, l'histoire, les peuples, les cultures, les régions, les intérêts économiques, les guerres, les résistances, le terrorisme et on en fait une soupe. De plus, si l'on ajoute que les mouvements et partis de droite (pas besoin de parler d'extrême!) font de cette soupe un bouillon de culture pathogène pour nourrir la xénophobie fleurissante en période de crise et pour mobiliser l'opinion contre l'immigration et les immigrés en Europe, on se retrouve vite devant la plus nuisible des ignorances ! 

On nous parle toujours d'Islam, mais qu'explique-t-il au fait ? Et bien pas grand chose. N'en déplaise à Samuel Huntington inventeur de la tout aussi stupide que nuisante théorie du choc des civilisations ! Comme le dit Amin Maalouf par exemple, vous pouvez lire le Coran et tous les textes relatifs à l'Islam, vous ne comprendrez toujours pas la violence et les attentats commis en Algérie durant les années 90. Lisez 30 pages sur la décolonisation et vous y verrez déjà plus clair ! Cet exemple est tout aussi adéquat pour comprendre le Moyen-Orient d'aujourd'hui. Au Moyen-Orient comme ailleurs, c'est moins la religion qui explique les évolutions politiques et sociales, économiques et culturelles, mais bien les contraintes économiques, politiques et culturelles qui peuvent expliquer la montée en puissance de mouvements religieux conservateurs. D'ailleurs, ces mouvements religieux extrémistes n'étaient-ils pas encouragés par les Occidentaux durant la guerre froide, tandis que les Etats arabes républicains, dont l'élite se modernisait et se laïcisait, se tournaient vers l'URSS pour s'affranchir de l'Europe et des Etats-Unis ? Et aujourd'hui, n'est-ce pas les pétrodollars qui islamisent le Moyen-Orient ?

Non, il n'y a pas de guerre des civilisations. Il y a seulement l'incrédulité d'opinions publiques  naives  et manipulées, et le pillage organisé du Moyen-Orient aux profits des seuls riches qu'ils soient Américains, Européens, Turcs, Arabes, Iraniens, chrétiens, musulmans chiites, musulmans sunnites, Arméniens catholiques, Grecs orthodoxes ou n'importe quoi d'autres. Au Moyen-Orient comme ailleurs, la prétendue guerre de civilisations ne fait de victimes que parmi les plus humbles. Les milliardaires se font rarement sauter devant les convois de forces d'occupations. 

Pour comprendre le Moyen-Orient, région d'une profondeur historique, culturelle et humaine hors du commun, ne nous contentons pas d'être historien, sociologue, économiste ou politologue, devenons géologue ! Devant tous ces peuples, ces langues, courants religieux et ces ensembles politiques qui se sont succédés durant près de 10.000 ans en opérant à chaque fois une délicate synthèse culturelle, que pouvons nous comprendre, nous européens ? La société moyenne-orientale, patiemment stratifiée, est le fruit d'une histoire trop riche dont nous ne considérons que le vernis.  Pauvres Européens, au continent trop petit, à l'histoire trop récente, et aux querelles nationalistes mesquines et contagieuses, que pouvons-nous faire pour comprendre le Moyen-Orient, sinon apprendre à sonder la géologie culturelle de cette région au développement humain exceptionnel et complexe, berceau de notre civilisation !

Hama nous rappelle que l'eau est préciseuse !!!

Hama, la quatrième ville du pays est une halte intéressante. Son centre historique bien preservé s'étale le long d'un fleuve : l'Oronte. Cette ville bucolique est surtout célèbre pour ses norias, immenses roues qui servaient autrefois à apporter les eaux de l'Oronte aux terres alentours. 

Outre l'intérêt esthétique et ingénieux des norias, cette machinerie simple et efficace, nous rappelle que dans la région la maîtrise de l'eau a toujours été un enjeu important. En effet, depuis des milliers d'années, au Moyen-Orient, région désertique, c'est une gestion inventive et adéquate de l'eau, autour des fleuves importants tels que le Tigre, l'Euphrate, l'Oronte, le Jourdain et le Nil, qui a permis la survie puis la prospérité des populations, ainsi que l'émergence de Cité-Etats et d'Empires, bref de la civilisation.

Aujourd'hui, à l'époque du gaspillage généralisé, ces roues en dentelle de bois, technique délicate et lumineuse, symbole d'une époque où la civilisation était encore ce savant équilibre entre environnement naturel et culture des peuples, ne peuvent que remettre en question la gestion désastreuse que notre société moderne fait des ressources à notre disposition. Que penser d'un tel problème, aujourd'hui, en Syrie et en Jordanie par exemple, pays pauvres et désertiques où l'eau manque et qui font face depuis quelques années à un climat anormalement sec. Combien de temps, ici dans le désert ou chez nous, allons nous encore gaspiller ce liquide auquel nous devons toute vie ? Que les norias nous inspirent parce que c'est certain, à l'image des anciens, nous pouvons faire mieux (et avec moins) !     





Le centre historique de Hama est très calme et bien restauré...



Ici, le palais Azem de Hama... Superbe exemple d'architecture turco-syrienne du XVIIIème siècle...



Ici, un caravensérail d'Hama. En Syrie, bien placés sur la route de la soie et centres de commerces à travers les âges, il y a de très nombreux caravansérails.



Au centre de la ville moderne, le carillon de la tour de l'horloge reprend la mélodie de celui de Westminster...

lundi 6 décembre 2010

Le Krak des Chevaliers

Tout le monde a déjà entendu parler de ce célèbre château, le Krak des chevaliers, bâti entre le XIème et XIIème siècle par les croisés et dont T.E Lawrence, alias Lawrence d'Arabie qui était d'abord archéologue, a écrit en 1908 qu'il est "sans doute le mieux conservé et le plus admirable château du monde".  

Nous n'avons pas encore vu beaucoup de châteaux mais c'est vrai que celui-ci est particulièrement impressionnant ! En voici quelques clichés.






En rentrant de notre ballade au sommet du crack des Kraks, nous avons fait du stop avec un fou furieux de la pédale d'accélérateur et du dépassement... Il fumait et buvait au volant, et jetait tous ses déchets par la fenêtre, nous obligeant, gentiment, à faire de même... A chaque virée sa rencontre insolite !!!

Le château de Saladin

La Syrie est un pays de châteaux, alors depuis Lattaquié sur la côte, nous décidons d'aller visiter le château de Saladin. Ce n'est pas Saladin qui a fait construire cette forteresse franque au charme indéniable, mais c'est lui qui l'a prise aux croisés !



Cette fois encore sur le chemin, nous sommes pris en stop, on nous invite à boire le thé, on nous offre biscuits et oranges. Rien ne semble arrêter l'hospitalité des Syriens. Rappelons que pour les Musulmans, l'étranger et le voyageur, par définition sans famille lors de son périple, se doit d'être bien accueilli et choyé.

Sur la route du monastère de Saint-Siméon

Nous voici partis pour visiter le monastère de Saint-Siméon, un superbe monastère avec une église et un baptistère finement ciselés et superbement préservés en haut d'une colline où Siméon aurait prié et évangélisé durant près de 40 ans du haut d'une colonne.




Ce genre de visite est certes très intéressante, mais elle constitue aussi pour nous une occasion de voir du pays et de rencontrer des gens dans les bus, en faisant du stop ou sur le chemin. Et sur la route du monastère St-Simeon, nous avons fait une charmante rencontre dans un bus, en la personne de Nadra, professeurede français à Alep. Elle nous invite d'abord chez elle pour boire le thé et manger quelques gâteaux. Ensuite, elle nous fait promettre de repasser par chez elle après notre visite du monastère. Nous y repassons et nous soupons avec elle, son mari et sa soeur, à qui elle traduisait nos propos. Dans ce village, à Darret Azzeh, nous avons passé tout l'après-midi chez elle à discuter de tout... sauf de politique, volonté de son mari. Ce fut très enrichissant ! Nous n'avons pas de photo parce que son mari ne préférait pas. La Syrie n'est pas un pays libre, mais une chose est certaine, les Syriens vivent l'hospitalité librement ! 



Villes mortes

Dans un rayon de 80 kilomètres d'Alep, se trouvent plusieurs "villes mortes", anciennes cités ou villages romains, byzantins, arabes datant du début de notre ère. Leur relatif éloignement de tout centre urbain a préservé leur architecture et leur beauté. Ici Sergilla. 


L'Aid el-Kabir ou la fête du sacrifice

Cette année, c'est la semaine du mardi 16 novembre qu'a lieu l'Aid el-Kebir, c'est-à-dire littéralement "la grande fête". C'est l'une des fêtes les plus importantes pour les musulmans. Elle commémore la soumission d'Abraham à Dieu, lors de l'épisode où il accepta de sacrifier son fils Ismaël sur l'ordre de Dieu, celui-ci l'arrêtant au dernier moment par l'entremise de l'archange Gabriel pour remplacer son fils par un bélier. Selon la tradition judéo-chrétienne, c'est le second fils d'Abraham, Isaac qui a failli être sacrifié, et non Ismaël.

Les jours précédents la fête, Alep est en ébullition. Tout le monde sort pour faire des courses en quantité impressionnante. Dans les souks, c'est la cohue ! A partir du mardi, les commerces sont fermés et chacun, endimanché, fête en famille, puis entre amis. L'Aid, c'est avant tout une grande fête conviviale et familiale, une occasion de faire le tour de la famille et des amis. Durant ces journées, on mange beaucoup et dans les parcs, il y a comme une ambiance de vacances.

Dans les souks, comme à la maison, on procède à l'abattage rituel des moutons. Un à un, les moutons sont égorgés lentement tandis que les hommes prient Allah. On remercie Dieu pour ses bienfaits et on réserve une partie de la viande pour les pauvres avant d'aller déguster le mouton en famille.  



Pendant que l'on égorge un de leurs copains, les autres moutons attendent bien calmement leur tour en troupeau au beau milieu des ruelles sanguinolentes du souk.

Une ville mythique... Alep

Alep, qui compte 2,5 millions d'habitants est la deuxième ville de Syrie. C'est une des grandes cités mythiques du monde et avec Damas, elle se dispute le titre de plus ancienne ville n'ayant jamais cessé d'être habitée ! Fascinante et captivante pour certains, elle est surtout conservatrice, sale, bruyante et stressante pour d'autres. Mais pour les trekkeurs urbains, c'est le bonheur parce que la ville réserve nombre de surprises et de découvertes comme la citadelle, la vieille ville, les mosquées, les souks, le quartier arménien (200 000 chrétiens vivent à Alep), les caravensérails, le musée archéologique, les fabriques de savons, la rue Baron, les échoppes de sandwiches de falafel ou de jus de fruits frais. Et au détour de chaque rue, c'est peut-être l'invitation à  boire le thé



Alep, c'est un désordre organisé. Et des fois, c'est vraiment le désordre ! Le patrimoine architectural y est laissé un peu à  l'abandon. Dans la vieille ville on rénove tout doucement. Il y a un nombre impressionnant de bâtiments riches architecturalement et historiquement, mais ils sont recouverts par une épaisse couche de poussière... de pollution. Les taxis jaunes qui tournent, souvent à  vide, sans cesse dans la ville donnent des couleurs aux artères. Les piétons se partagent la rue avec les voitures, et les trottoirs avec les commerces. Il y a beaucoup de monde dans les rues d'Alep.  




La citadelle d'Alep

Elle est vraiment imposante. Les reliques de St Georges s'y trouvent et attirent nombre de musulmans.



Ici, dans la citadelle, la porte du palais ayyoubide (dynastie fondée par Saladin - celui qui a repris Jérusalem aux Croisés), superbe en basalte noir et en calcaire blanc, date du XIIIème siècle.



Le patrimoine architectural

Ici, la cour d'un ancien hôpital psychiatrique du XIVème siècle transformé en musée de la Médecine et de la Science. Architecture typiquement allepine (période Mamelouk).



La Grande Mosquée

La Grande Mosquée d'Alep est une des plus belles de Syrie. On y trouve de nombreuses pierres de la cathédrale à la place de laquelle elle fut construite. A l'intérieur, les fidèles viennent prier devant les reliques de Saint-Zacharie.



Les souks

Les souks d'Alep sont vraiment étonnants à découvrir. C'est ici que l'on se rend compte à quel point les bazars d'Istanbul ne constituent plus qu'un univers surfait et touristique. A Alep, les souk sont authentiques, populaires et bien vivants. Ca grouille de monde dans tous les sens. Les petits camions, les montures, les charettes et les passants se croisent tant bien que mal dans d'étroites ruelles gorgées de marchandises. Dans la rue des boucheries, ça pue les tripes. Testicules, cervelles, poumons, foies et coeurs de vaches ou de moutons pendent aux crochets ou traînent sur les présentoirs. A chaque rue sa spécialité, ici ça sent le savon (d'Alep bien entendu) et le parfum, là-bas les épices, plus loin les fruits secs, les pneus, ou encore les pâtisseries, et un peu partout des mosquées, des cours de maisons, des madrasas (écoles coraniques) et des caravansérails où découvrir un commerce ou boire le thé. Les souks, avec la Grande Mosquée tout à coté, sont le centre économique et religieux de la ville.

Les souks sont un lieu très particulier ou l'on peut parfois se sentir oppressé par la masse de personnes qui y circule. C'est assez sale aussi... Enfin, à Alep, ce sont les hommes qui vendent. Les femmes elles, font les courses, et si certaines ne portent pas le voile, c'est qu'elles sont turques ou étrangères.




Savon d'Alep

A Alep, il est également possible de visiter les fabriques de son célèbre savon. Fabriqué de façon artisanale, avec de l'huile d'olive et d'essence de laurier, ce savon biologique est  l'ancêtre du savon de Marseille. Grâce à l'huile d'olive, ce savon est hydratant et adoucissant, il lave et nourrit la peau sans la dessécher, ni l'agresser. Quant à l'essence de laurier, symbole de la purification dans la tradition orientale, elle agit comme un antiseptique. Ce savon qui doit "mûrir" 9 mois en cave, ne subit aucun traitement chimique. Placé en copeaux dans les armoires et tiroirs, il est redoutable contre les mites. Enfin, c'est un excellent détachant pour le linge. Autant dire que c'est autre chose que ces saletés de savons, produits et shampoings que l'on nous fait acheter bien chers dans les grands magasins !!!
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Nasser

A Alep, nous avons fait quelques rencontres dont celle de Nasser, alias Victor (Nasser signifie "Victoire" en arabe). Nasser parle français parce qu'il  vit entre Alep où il est né et Nice. A Alep, il y a d'ailleurs pas mal de francophones, surtout dans le quartier arménien, ce qui facilite les contacts et les découvertes. Nasser nous a fait découvrir sa ville et nous a invité à manger "le meilleur sandwich-falafel" du Moyen-Orient"... rien que ça ! Nous voici en compagnie de Nasser dans la cour d'une maison arabe du XVIIème.


Alep la conservatrice...

A Alep, comme nous l'avons déjà dit, les moeurs sont loin d'être libérées. Nombreuses sont les femmes voilées de la tête aux pieds. Ainsi, si l'on en croit ce que l'on voit dans la rue, les femmes sont, ici, moins émancipées qu'ailleurs. Ce n'est pas toujours évident à gérer pour les étrangers, surtout pour les étrangères et toutes les autres femmes qui se baladent les cheveux au vent. La Syrie est un Etat laïque, le port du voile n'est donc pas une obligation légale. Dans le quartier arménien, les femmes sortent non voilées.

Mais par exemple, à Alep, monter dans un minibus est quelque fois toute une histoire parce que les femmes et les hommes ne doivent pas être assis l'un à côté de l'autre (sauf s'il s'agit du mari ou du frère de la femme), ainsi, quand un nouveau passager monte dans le minibus, on assiste souvent à un jeu de chaises musicales qui oblige la moitié des passagers à descendre pour recomposer le véhicule de manière correcte aux yeux des moeurs les plus conservatrices.  



A Alep, Cora, ici sur la photo avec Rafke, une hollandaise de Bruxelles avec qui nous avons fait un petit bout de voyage, doit carrément porter une cape pour visiter les mosquées. Le foulard ne suffit plus !



Quoiqu'il en soit, il faut savoir que la région d'Alep est la plus conservatrice de Syrie. Ainsi, à la côte et à Damas, les moeurs sont plus libérées et nombre de femmes sortent en ville sans voile. Ailleurs en Syrie, les mères conseillent également à leurs filles de ne pas épouser un Alépin parce qu'ils sont bien trop conservateurs !

Enfin, signalons qu'à Alep comme ailleurs, les filles sont à moitié à poil sur les chaînes de télévisions arabes et ça ne gène aucun homme... Femmes du monde unissez-vous !