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vendredi 7 janvier 2011

Israël... quel drôle de pays !

Israël est un pays complexe. Bien qu'Israël soit officiellement un "Etat juif", environ 24 % de ses habitants ne le sont pas. En effet, en plus des quelques 5,5 millions de Juifs, le pays abrite les Arabes (chrétiens et musulmans) restés après le conflit israélo-arabe de 1948, des Druzes, des Bédouins et divers autres groupes plus réduits comme les Circassiens et les Samaritains. Et comme la majorité juive de la population a immigré du monde entier, on retrouve également une grande diversité au sein même de la population juive.  Les Juifs venus du Maghreb (dit Séfarades) côtoient ainsi les Juifs venus d'Europe et d'Amérique du Nord (dit Ashkénazes) ou encore ceux de Palestine et d'Asie (dit Mizrahim). Des discriminations existent même entre Juifs d'origines différentes. Si les Juifs venus d'Europe sont minoritaires en Israël, les Premiers ministres ont toujours été issus de leur communauté ! Et l'on peut également ajouter à cela les différents niveaux de religiosité...

Ainsi, la société israélienne ressemble à une grande mosaïque et l'on peut entendre parler beaucoup de langues différentes dans les rues des villes israéliennes, lire des journaux et revues dans différents langages et l'on peut manger des falafels comme du goulasch. Cela pourrait représenter une bonne chose mais il ne faut pas oublier qu'Israël est un Etat ethnico-religieux. Tout candidat à l'immigration doit prouver ses origines juives. 

Les deux langues officielles du pays sont l'hébreu et l'arabe. L'hébreu n'était plus qu'une langue liturgique quand elle a été ressuscitée à la fin du XIXème siècle après 2 millénaires de silence.


Il faut bien l'avouer, nous ne nous sommes pas particulièrement bien amusés en Israël. En fait, nous ne nous sommes jamais vraiment sentis à l'aise. Bien sûr, notre expérience d'Israël a sans doute souffert du contraste avec l'hospitalité et la convivialité palestinienne, mais c'est surtout que nous ne nous faisions pas à 2 grandes caractéristiques de la société israélienne, à savoir des jeunes militaires en arme partout et un nombre impressionnant d'ultra-orthodoxes.

En Israël, après les études secondaires, les jeunes filles comme les jeunes hommes doivent faire leur service militaire. Il dure 3 ans pour les garçons et un tout petit peu moins de 2 ans pour les filles. D'aucuns disent que cette longue période est l'occasion d'un bon lavage de cerveau. Quoiqu'il en soit et ce qui est surprenant, c'est que partout, le long des routes, dans les gares de bus et centres commerciaux et en ville aussi, on croise sans cesse des dizaines de jeunes tout juste sorti de l'adolescence qui vont et viennent, nonchalamment, en uniforme et mitraillette en bandoulière. Certains sont aussi armés sans même porter d'uniforme. Ainsi en Israël, quand on fait son service militaire, on emmène son arme partout, on prend le bus avec elle et on joue avec son flingue pour faire passer le temps ! Ce qui est fou, c'est qu'ici en Israël, c'est tout un cinéma sécuritaire pour rentrer dans n'importe quel centre commercial, musée, terminal de bus ou même dans un rue en fête. On vous fait ouvrir votre sac, on vous contrôle et on fait tout un drame de votre canif ... (merci les gars pour le cadeau empoisonné ;-) ) mais une fois à l'intérieur du centre commercial, du musée, du terminal ou de la rue, vous vous trouvez entourés de dizaines d'ados boutonneux armés juqu'aux dents ! 

Nous avons quand même pris une toute petite photo en douce pour illustrer cela... Regardez derrière Cora qui attend le bus !



La seconde grande caractéristique de la société israélienne, c'est le nombre impressionnant de juifs ultra-orthodoxes. Ce sont les fondamentalistes du judaïsme qui ont une lecture très stricte de la Torah et qui refusent le contact avec les étrangers (considérés comme impurs), une bonne partie de la modernité et l'éducation moderne. On les reconnaît facilement, les hommes ressemblent à Rabbi Jacob, les femmes sont habillées comme au XIXème siècle, ont le crane rasé, portent une perruque ou un foulard et les enfants ont également la tête rasée, portent des sortes de rouflaquettes et la kippa, et tous sont habillés seulement de noir, blanc ou bleu foncé. En Israël, on en croise par dizaines, ils habitent des quartiers entiers comme dans la vieille ville et la nouvelle ville de Jérusalem, dans la banlieue de Tel-Aviv, à Tiberiade et ont leur ville par excellence : Safed. Depuis la création d'Israël, les gouvernements israéliens ont souvent dû faire des compromis avec les partis de ces fondamentalistes. C'est ce qui explique en partie par exemple qu'Israël n'ait pas encore de constitution formelle (les ultra-orthodoxes rejetant l’idée d’un document qui aurait pour l’État une autorité supérieure aux textes religieux) ou qu'il n'y existe pas de mariage civil. Et les choses ne vont pas s'arranger pour les progressistes parce que les ultra-orthodoxes font des enfants à tour de bras ! Aujourd'hui, on estime que 25 % des enfants juifs israéliens naissent dans des familles ultra-orthodoxes ! Sur ce coup là... on a pas osé prendre une seule photo, parce que ça ne rigole pas !


Allez, on vous emmène pour un petit tour du pays...

Voici Tel-Aviv... Pas grand chose à signaler : Il faut dire que c'est assez moche ! Tel-Aviv est réputée pour ses plages, ses bars et ses restaurants. Le temps n'était pas superbe et la bière vraiment trop chère, ça ne nous a donc pas laissé un souvenir impérissable !



Haïfa est plus agréable que Tel-Aviv. On y trouve le centre de la religion Bahaï... Encore un lieu saint dont on vous épargnera les explications... ça n'en vaut vraiment pas la peine !



Nous y avons passé le nouvel an. Au fait : EXCELLENTE ANNÉE 2011 À TOUS !!! C'était sympa mais pas bien différent qu'un vendredi soir ordinaire... En Israël, on ne fête pas vraiment notre nouvel an et en plus c'était Shabbat !

Nous avons passé le cap de l'année nouvelle avec Roma, une Israélienne juive polonaise née en Ukraine qui a vécu 25 ans aux USA et 3 ans en Inde... Tout un programme !


Et un couple d'italiens...



Entre Safed et Nazareth, escale sur le lac Tibériade dont nous avons fait le tour à vélo (65 km)... Des lieux saints, des grands routes, des voitures et des camions... ça ne ressemble en rien au lac paisible et plein de spiritualité que nous dessinions dans nos cahiers de catéchisme... Voici Cora dans l'effort et mais surtout proche de l'exploit !



Baptême dans le Jourdain... Tout un spectacle quand des Afriains rentrent en transe...




La mer Morte...

Poussés par la curiosité, nous sommes allés passer une après-midi sur une plage de la mer Morte. Au point le plus bas du globe, c'est-a-dire 411 mètres sous le niveau de la mer, elle se trouve dans le prolongement de cette grande faille de l'écorce terrestre que l'on appelle la vallée du grand rift et qui court tout au long de l'Afrique des Grands Lacs et de la mer Rouge.

Comme on le dit, elle est tellement salée que l'on y flotte. Il est d'ailleurs impossible d'y pratiquer la brasse, les pieds sortent de l'eau. Il y est également très agréable d'y prendre un bain de boue pleine de chlorures de magnésium, de sodium, de calcium et de potassium... Voici quelques photos juste pour le délire !







Et pourtant... la Cisjordanie est pleine de vie !!!

Malgré l'occupation et la guerre, il est vraiment agréablement surprenant de voir le dynamisme de la société palestinienne. De Bethlehem à Naplouse et de Ramallah à Jericho nous avons toujours été super bien accueillis. En Cisjordanie, nous retrouvons la générosité et l'hospitalité qui caractérise les sociétés arabes du Moyen-Orient. Ici, on nous offre souvent le thé, mais également des fruits ou même du pain. Il y a toujours quelqu'un pour nous rendre service ou nous prendre en stop.

En Cisjordanie, les contacts sont également facilité par le fait que presque tout le monde parle anglais. Il est difficile de prendre un repas sans commencer à discuter avec la table voisine ! En plus, il est vraiment facile de se sentir à l'aise parmi les Palestiniens, surtout pour les voyageuses, parce que la société palestinienne est plus ouverte et moderne que ses voisines. Ici, beaucoup de femmes ne portent pas le voile et celles qui le portent aiment être féminines et sortent seules. Il y a également des femmes dans la police. Et puis les villes palestiniennes, dont certaines, comme Ramallah, sont très dynamiques culturellement et associativement, sont moins chaotiques que les villes syriennes ou jordaniennes... ça aussi ça facilite les choses. 

Enfin, ce qui caractérise également la Cisjordanie, c'est que l'on y trouve des Palestiniens musulmans et chrétiens. Si la grande majorité est musulmane, à Bethlehem par exemple, 60 % des Palestiniens sont chrétiens. A Beit Sahour, un village non loin, 80 % des habitants y sont chrétiens. A Noël, les musulmans y souhaitent Joyeux Noël aux chrétiens ! Ainsi, minarets et cloches se partagent le paysage, et chrétiens comme musulmans souffrent de l'occupation.

Si vous voyagez au Moyen-Orient, vous auriez vraiment tort de ne pas faire un tour en Cisjordanie ! Allez, voici quelques photos pour vous donner envie !


Le 24 décembre, les scouts palestiniens forment un cortège et déambulent dans Bethlehem...



Et toute la journée, la fête bat son plein...




Un panneau lumineux accueille les pèlerins chrétiens, leur souhaite un joyeux Noël et les invite à prier pour la liberté de la Palestine...



A Beit Sahour comme à Bethlehem, les rues sont joliment décorées pour fêter la naissance de Jésus et les palmiers côtoient les sapins de Noël.



Le centre de Beit Sahour, le village où les bergers auraient été avertis de la naissance du Christ, est vraiment joli.



Nous vous souhaitons un Joyeux Noël ! Le père Noël qui nous agrippe n'a pas l'air commode avec sa perruque rouge et son keffieh !



Dans un petit resto à falafel, les cuistots invitent Cora à passer derrière les fourneaux !



Pendant ce temps, c'est les bouchons dans la ville... les pères Noël bloquent le trafic !



Naplouse est superbe avec son centre historique, son souk très animé, sa mosquée, sa tour et son architecture ottomane.

La belle résistance

Dans le camp de réfugiés d'Aïda, nous avons fait une très belle rencontre, celle d'AbdelFattah Abu-Srour, fondateur et directeur du Centre culturel Al Rowwad (ce qui signifie en arabe "la belle résistance"). Son témoignage est poignant. Voici son opinion.

Pour lui, les Palestiniens ne doivent pas payer pour la Shoah. Il ne sont pas à l'origine des problèmes des Juifs du monde. C'était et c'est toujours injuste qu'on prenne leurs terres aux Palestiniens. L'important c'est de ne pas laisser dire que le conflit israélo-palestinien est un conflit religieux. C'est faux ! C'est un conflit politique ! Pour lui, les Palestiniens ne doivent pas vivre de la charité internationale, ils ont des capacités et doivent les valoriser. Les Palestiniens veulent être libres et doivent être libres ! Les droits de l'Homme ne doivent pas être élastiques comme c'est le cas pour le moment ! Les pays doivent les faire respecter et les Palestiniens doivent résister. Il dit surtout que pour lui, comme pour la grande majorité des Palestiniens, la violence n'est pas une solution. La violence, c'est la solution d'Israël ! Il dit qu'il ne faut plus que les jeunes Palestiniens aillent en prison, soit mutilés ou soit tués. Il y a assez de morts comme ça. Il dit que la violence joue le jeu d'Israël parce que la résistance dans la violence discrédite les Palestiniens et qu'Israël n'attend que ça pour jouer la carte de la réaction, de la riposte, et pour continuer sa conquête. Il dit qu'il faut résister mais non violemment. Mais d'après lui, la non-violence ne doit pas être le refuge des lâches ! Il faut se battre en mobilisant la culture, les capacités des jeunes et les énergies positives ! Il faut donner aux jeunes Palestiniens les moyens de vivre dans de bonnes conditions et de rester sur leurs terres. Sans doute est-ce ce genre de résistance qui ennuie le plus le gouvernement israélien qui mise tout sur le béton et les armes et qui aime à voir la situation se détériorer en Cisjordanie pour pousser les Palestiniens à l'exil.

C'est pour cela qu'il a mis sur pied un centre culturel où les enfants peuvent faire du théâtre, du chant, apprendre l'informatique et étudier par exemple. Ce centre donne aux enfants une chance de s'exprimer, de montrer leur souffrance, leur peur, leur manque et leur opposition à la situation qu'ils vivent, mais sans violence et par l'expression artistique.


Le 24 décembre, nous avons eu la chance de voir un spectacle de danses traditionnelles palestiniennes interprétées par les enfants du centre juste au pied du mur... Quel symbole ! Les photos ne sont pas bonnes mais on vous en poste tout de même deux. 





Quand les camps de réfugiés deviennent permanents...

Pas loin de Bethlehem, nous avons été bien accueillis dans le camp de réfugiés de Deisheh. En Cisjordanie, comme au Liban et en Syrie, il y a de nombreux camps de réfugiés qui rassemblent les populations arabes qui ont fuit les combats lors de la guerre israélo-arabe de 1948. A l'époque, les familles arabes, pour la plupart paysannes, arrivées dans ces camps pensaient pouvoir rentrer rapidement dans leur village. Après la victoire israélienne, il leur a été interdit de rentrer chez eux et beaucoup de leurs villages ont été rasés.

60 ans plus tard, les réfugiés sont toujours dans les camps et attendent toujours une vie meilleure et un de moins en moins probable retour au village... Aujourd'hui, les tentes ont laissé place aux bâtiments "en dur" mais la vie y reste difficile. 


Par exemple à Deisheh, sur 1 kilomètre carré, 12 000 personnes vivent dans la promiscuité sans assez d'écoles, ni de médecins. Les coupures d'électricité sont fréquentes et il n'y a pas de l'eau tous les jours. Ce sont les Israéliens qui contrôlent l'eau et l'électricité... et c'est à eux qu'il faut payer les factures et les dettes. Mais dans ce camp, il y a 64 % de chômage. Il n'y a pas de terrain de jeux pour les enfants et pas un espace vert. Certaines nuits, il y a des incursions de soldats israéliens qui terrorisent la population du camp et procèdent à des arrestations arbitraires. Ici, il n'y a pas une famille qui n'a pas connu la prison, la blessure ou le deuil lié au conflit. Sur les murs du camp, il y a de nombreux et jolis graffitis et peintures...

Ici, un article des Droits de l'enfant a été peint sur un mur. Cet article stipule le droit de l'enfant au repos et au loisir, au jeu, à avoir des activités de loisirs et de participer à des activités culturelles et artistiques.




Plus loin, sur une porte, c'est l'évolution territoriale de la Palestine depuis 1946 qui a été représentée.



Et à l'entrée du camp de Deisheh, deux stèles, une en anglais, l'autre en arabe, reprennent la résolution 194 adoptée le 11 décembre 1948 par l’Assemblée générale des Nations-Unies. Elle décide, à la suite du départ forcé de centaines de milliers de Palestiniens : « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent, de rentrer dans leur foyer le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leur foyer et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables.  »



Les Palestiniens attendent toujours...

Une colonisation illégale et insoutenable

Presque deux millions et demi de Palestiniens vivent en Cisjordanie.  La région compte également entre 300 et 400 000 colons israéliens. La colonisation de la Cisjordanie est illégale et condamnée par la Cour internationale de justice et le Conseil de sécurité de l'ONU. Les USA et l'Union Européenne estiment également que les colonies israéliennes en Cisjordanie constituent un obstacle à la paix et ont demandé à Israël le gel de cette colonisation. Pourtant, rien n'y fait, Israël continue à stimuler  la colonisation en Cisjordanie. Quand on sillonne la Cisjordanie, on se rend vite compte qu'il y a des colonies partout. Parfois ce ne sont que de petits villages, parfois des villes entières. Des routes spéciales réservées aux Israéliens, des barrages, des clôtures de bétons et de fil de fer barbelé défigurent  le paysage. Cela nécessite également des militaires et des checkpoints en plus... toujours plus !

Il est certain que la stratégie employée par le gouvernement israélien est de construire des colonies non seulement pour prendre possession de la Cisjordanie à terme, mais surtout, dans un premier temps, pour morceler et diviser le territoire palestinien en sorte de cantons. Ainsi, les colonies isolent la Cisjordanie de Jérusalem-Est, et isolent chacune des villes palestiniennes entre elles. Toutes ces colonies, ces routes et barrages obligent les Palestiniens à faire de grands détours pour aller à l'école, pour aller travailler ou pour rejoindre une ville voisine.

Une des illustrations les plus extrêmes de la colonisation est sans doute celle du centre d'Hébron. Hébron est une ville palestinienne où vivent 166 000 Palestiniens. La vieille ville, le souk et la poignée de monuments historiques sont intéressants. On y trouve les tombaux des Patriarches, lieu saint pour les Juifs et les Musulmans. Autour de la ville se trouvent des colonies israéliennes. Mais ce qui est particulier ici, c'est l'implantation d'une colonie d'environ 400 juifs ultra-orthodoxes, c'est-à-dire des fondamentalistes du judaïsme, en plein centre ville !   

Par exemple, dans le souk d'Hébron, une grille protège les Palestiniens qui font leurs courses des jets de pierres et de détritus des colons qui habitent aux étages des immeubles adjacents. La présence de ces 400 colons assez excités (parfois armés) nécessite la présence de 1400 soldats israéliens. Au dessus du souk se dresse une tour de garde israélienne.




A Hébron, murs, blocs de béton, fils de fer barbelé, tours de garde découpent le centre historique de la ville  pour arracher quelques pâtés de maisons aux Palestiniens. Les Palestiniens y sont ainsi sous la surveillance des soldats israéliens qui contrôlent l'accès à la mosquée. 

Ici, par exemple : une tour de garde en pleine rue et à gauche derrière la barrière jaune, le secteur colonisé.




Un peu plus loin, des rues entières du souk sont fermées ou condamnées pour servir de no man's land entre deux pâtés de maisons.



Et les colons en font leur décharge...



Pour nous faire comprendre, les habitants nous invitent chez eux, nous font monter sur leur toit et nous montre les vidéos des incursions israéliennes. En août dernier par exemple, les soldats ont débarqué dans le souk, à l'improviste, ont mis violemment toute une série de marchands hors de leur boutique sans leurs laisser le temps de s'organiser, arrêtant ceux qui tentaient de résister et ont condamné les portes des boutiques en les soudant au chalumeau.




Aujourd'hui, certains commerçants ont repris le travail... devant les portes closes de leur boutique !




Quand on se promène à travers la Cisjordanie, une autre chose frappe aux yeux : la colonisation israélienne de la Cisjordanie est également insoutenable du point de vue écologique (donc économique et social).

En effet, ce qui est fou, c'est de constater que le gouvernement israélien favorise et stimule la venue d'Israéliens et de Juifs du monde entier dans une région désertique, où tout manque, à commencer par l'eau et qui sont déjà trop peuplée compte tenu des événements subis par les Palestiniens depuis 60 ans. La mer Morte et le Jourdain disparaissent, il n'y a pas assez d'eau pour tous les Palestiniens habitant en Cisjordanie, et Israël bâtit à tour de bras des cités-dortoirs qui répondent aux modes de vie et de consommation de populations israélo-occidentales qui consomment déjà d'ordinaire plus que de raison et qui ne peuvent sûrement pas convenir à la vie dans le désert. Ainsi, installer de nouveaux colons en prenant le peu de ressources de ceux qui n'ont déjà pas grand chose, c'est condamner l'avenir de tous dans la région et même plus loin ! 

Pendant la rédaction de cet article, nous apprenons la mort d'un homme de 66 ans tué dans son sommeil à Hébron cette nuit. L'armée israélienne est désolée de l'"incident".


L'insupportable occupation israélienne

Seul 3 % de la Cisjordanie est entièrement sous contrôle civil et militaire palestinien, pour le reste Tsahal (l'armée israélienne) occupe et contrôle tout le territoire. Pour rentrer et sortir de Cisjordanie, il faut passer par les ckekpoints de l'armée israélienne. La frontière entre la Cisjordanie et la Jordanie est également contrôlée par les Israéliens, le mer Morte aussi. Les Palestiniens qui vivent en Cisjordanie et ceux qui s'y sont réfugiés pendant la guerre israélo-arabe de 1948 n'ont pas le droit de se rendre en Israël ou à Jérusalem. Partout en Cisjordanie, aux abords des villes et villages et sur les routes,  il y a des ckekpoints israéliens.  

La présence militaire, les contrôles et les restrictions israéliennes sont quotidiennement l'occasion d'humilier les Palestiniens laissés sans défense. Souvent, les militaires procèdent à des arrestations arbitraires. Parfois, l'occupation prend une tournure plus tragique, elle blesse ou tue. La semaine dernière encore, un jeune Palestinien a été tué à un ckekpoints en pleine Cisjordanie... et les médias internationaux n'en parlent pas.

S'il y a bien un symbole de l'étranglement des populations palestiniennes par le gouvernement israélien, c'est le mur (comme ici le long du camp de réfugiés d'Aïda)...



Ce mur, dit "de sécurité" par le gouvernement israélien (on peut se demander qui assurera la sécurité des Palestiniens), est à n'en pas douter un mur de l'apartheid, un immense ghetto. Ce mur constitue également une saisie des terres et de l'eau palestinienne.

Ci-dessous, à Aïda près de Bethlehem, le Dôme du Rocher de Jérusalem est représenté sur une portion du mur. À 8 kilomètres d'ici, derrière le mur, se trouve Jérusalem. Mais alors que les gens viennent à Jérusalem du monde entier, les gens d'ici ne peuvent pas espérer s'y rendre.




Ce mur voulu par Israël était censé s'élever sur le tracé de la ligne verte de 1967, frontière établie de facto entre l'État hébreu et un futur État palestinien indépendant. Mais le mur est construit en ne respectant pas ce tracé. En construisant le mur, le gouvernement israélien isole volontairement la Cisjordanie de Jérusalem, confisque des terres et les champs de nombreux villages palestiniens et grignote toujours plus le territoire palestinien. 

Par exemple, à Bil'in, le mur confisque 60 % des terres agricoles du village palestinien. Des manifestations non-violentes sont organisées tous les vendredis par des Palestiniens, auxquelles prennent part des Israéliens pacifistes et étrangers pour éviter que les soldats israéliens ne soient trop violents envers les paysans palestiniens qui réclament leurs terres. Mais cela ne suffit pas toujours et les "accidents" sont nombreux. Vendredi dernier (31 décembre 2010) une femme de 36 ans est décédée après avoir inhalé les gaz toxiques des grenades lancées par l'armée israélienne. Les médias internationaux n'en parlent pas...



En Israël, il existe des associations d'anciens soldats ou de pacifistes qui font un travail difficile d'information sur la réalité des territoires occupés. Souvent mal vus dans la société israélienne, par le gouvernement israélien ou par l'armée, ils ont décidé de briser le silence à propos de cette sale guerre d'occupation et de travailler avec les Palestiniens pour montrer la réalité. Voici quelques liens de sites très intéressant de telles associations :





Le noeud des religions... Jérusalem

Que l'on soit croyant d'une des trois grandes religions monothéistes ou non, Jérusalem ne laisse jamais indifférente. Ne serait-ce que par le spectacle qu'offre la foule des pèlerins venus des quatre coins du monde, la cité éternelle est définitivement une ville hors du commun. 

Imaginons l'extraterrestre ou l'étranger resté imperméable à la culture judéo-christiano-musulmane débarquer à Jérusalem. Que verrait-il ? Il verrait des hommes et des femmes venus de tous les horizons chanter en rue, se mettre à pleurer ou à rire. Il verrait toute sorte d'accoutrements, de robes longues, de chaînes lourdes, de chapeaux de toutes les formes, de grandes barbes blondes ou blanches et de têtes rasées. Il verrait des gens se taper la tête contre un mur, d'autres répéter inlassablement les mêmes gestes semblables à ceux que produisent des troubles obsessionnels compulsifs du comportement. Il verrait des gens embrasser des pierres, le sol ou certains murs. Il verrait des femmes se frotter à de l'huile et s'en mettre partout sur les vêtements et sur le corps. Il verrait de nombreux adolescents armés de mitraillettes ou encore des gens allumer 5 bougies d'un coup pour les éteindre aussitôt ! Vu sous cet angle, il y aurait de quoi se poser des questions et prendre Jérusalem pour la ville de l'absurde où tous les originaux se donnent rendez-vous !

Jérusalem offre ainsi quotidiennement le spectacle de fidèles partageant une lecture stricte et matérialiste de leur livre saint. Pour eux, c'est le premier sens qui prime. Ce faisant, et mise à part toute question de spiritualité, ils transforment leur religion en une espèce de superstition qui couvre l'humain de ridicule ! Les cas les plus extrêmes sont d'ailleurs frappés par le très sérieux "syndrome de Jérusalem". Ce syndrome se manifeste par une empathie excessive avec les lieux saints, qui entraîne une identification avec des personnages de la Bible ou la certitude d'être investi d'une mission divine. Chaque année, entre 50 et 200 personnes sont affectées du trouble et sont soignées dans un hôpital psychiatrique... Il paraît que l'on s'en remet facilement !!! 

Quoiqu'il en soit, Jérusalem est une belle ville, passionnante et intéressante. La vieille ville est magnifiquement conservée avec son souk touristique, ses petites ruelles, ses quartiers juif, arabe, arménien et chrétien et ses innombrables églises et lieux saints. La muraille court encore tout autour de la vieille ville et la ville moderne est également l'occasion de promenades agréables et surprenantes. À Jérusalem Est, on se sent encore en Palestine. Dans le reste de la ville moderne, on peut se croire en Europe, sauf dans le quartier des juifs ultra-orthodoxes, ces fondamentalistes que l'on croise partout, et en nombre, en Israël. 

Vue générale et bien connue de Jérusalem depuis le Mont des Oliviers...




La Basilique du Saint-Sépulcre

Ici, nous sommes dans le saint des saints de la Basilique du Saint-Sépulcre. C'est ici que Jésus aurait été crucifié. Les gens s'agenouillent à  cet endroit même (photo ci-dessous). On peut arriver à la Basilique, construite sur les lieux de la crucifixion, de l'embaumement (photo suivante) et de la résurrection en suivant le chemin de croix qui traverse la vieille ville. A chaque station il y a une chapelle, un église ou un petit quelque chose de spécial. 




Il faut dire que, que ce soit à Jérusalem, en Cisjordanie ou en Israël, tous les passages du Nouveau Testament ont leur lieu correspondant. À chaque endroit où Jésus n'aurait fait ne serait-ce qu'un prout, une église a été bâtie... Parfois deux ou trois puisque les différentes Églises chrétiennes se querellent en permanence !

Et puis comme tout le monde n'est pas d'accord, nous avons également pu visiter un autre endroit, en dehors de la vieille ville, qui serait l'autre vrai lieu de la crucifixion de Jésus... Nous, nous votons pour celui-là. C'est plus joli et plus calme, il y a beaucoup moins de monde. Mais bon, c'est moins drôle aussi !

Le Mur des Lamentations

Ici, le Mur des Lamentations, centre de la tradition juive... C'est le seul morceau du second temple juif détruit par les Romains en 70 après JC. Pour les juifs, Dieu est présent dans le mur. Pour aller y prier, il faut mettre la kippa (petit couvre-chef ronde). La partie de gauche est réservée aux hommes et celle de droite aux femmes. Il faut quitter le mur à reculons pour ne pas tourner le dos à Dieu.




Voici un autre cliché du mur des Lamentations avec le Dôme du Rocher en arrière plan.



Le Dôme du Rocher

Le Dôme du Rocher est vraiment une mosquée superbe. Le dôme tire son nom du rocher qu'il abrite. Pour les Juifs, il s'agirait du lieu où Abraham s'apprêta à sacrifier son fils. Pour les Musulmans, ce serait le rocher duquel le prophète Mahomet se serait élancé vers le paradis pour prendre sa place auprès d'Allah.



Jérusalem, c'est aussi de belles petites ruelles étroites...




Bienvenue en Palestine Occupée et en Israël

Avertissement et précautions

- Aborder un sujet aussi brûlant que la situation israélo-palestinienne n'est pas évident. Il faut absolument éviter les généralités et de tomber dans une vision naïvement manichéenne. La question n'est pas d'être pro-palestinien ou pro-israélien. Ce qui est important, c'est que quelque soit la situation et les acteurs concernés, notre attachement à la dignité humaine, au respect des droits de l'homme, à la liberté et à l'égalité ne doit souffrir d'aucun relativisme !

- Dans les articles qui vont suivre, nous distinguerons trois entités :  la Cisjordanie (territoire de l'Autorité Palestinienne sous occupation israélienne), Jérusalem (au statut international encore indéfini) et Israël (l'Etat d'Israël proprement dit, sans Gaza dont nous ne parlerons pas).

- Nous ne reviendrons pas sur l'histoire de la création de l'Etat d'Israël, trop long à développer ici. Nous vous invitons bien sûr à vous y intéresser ! 




Sans aucun doute, les étrangers sont les bienvenus en Cisjordanie (West Bank en anglais) qui constitue aujourd'hui la plus grande partie des Territoires Palestiniens sous occupation israélienne. Nous y avons passés des journées intenses en rencontres, découvertes et bons moments avec des gens extrêmement accueillants. Les Palestiniens sont toujours enclins à témoigner de l'odieuse occupation qu'ils endurent quotidiennement mais tiennent également à partager le dynamisme et les beautés d'une Cisjordanie pleine de vie malgré la guerre.

Notre tour de la Cisjordanie fut certainement un des moment les plus forts et les plus conviviaux de notre voyage jusqu'à présent (ce qui contraste beaucoup avec la très touristique Jordanie). Voici ici, le drapeau palestinien plein des couleurs et symboles dont nous avons déjà beaucoup parlés.




Dire que nous avons été bien accueillis en Israël serait un gros mensonge ! Nous sommes restés bloqués 3 heures à la frontière. Quatre personnes différentes nous ont interrogés parfois nous deux ensemble, parfois séparément (peut-être pour confronter les témoignages :-) sans doute un minutieux travail d'historien ...) sur à peu près tout y compris le montant de nos comptes en banque. Le canif  rangé dans une pochette de notre sac à dos leurs posait visiblement un gros problème !!! Mais finalement, après s'être assurés que nous n'irions pas en Cisjordanie, le visa nous fut délivré... Hô, délivrance !



Voici le drapeau Israélien, blanc et bleu, avec l'étoile de David en son centre. Nous avons choisi cette photo avec le drapeau américain comme figurant symboliquement  la protection que l'empire américain accorde à l'Etat israélien. Savez-vous que l'aide militaire américaine en Israël s'élève jusqu'à 3 milliards de dollars US par an et qu'elle constitue un tiers du budget militaire israélien !

samedi 18 décembre 2010

Une cuisine pas chiche en pois...

Moins variée et moins raffinée qu'en Turquie, la cuisine du Proche-Orient n'en est pas moins très goûteuse. Outre les grillades (qu'on n'appelle plus kebab mais shawarma et qui se présentent sous les mêmes formes qu'en Turquie : doner, brochettes, sandwich durum, plat, etc. --> se reporter au chapitre "Turquie"), les savoureux plats traditionnels de viande et légumes mijotés au four, et les nombreux et délicieux mezes, ici tout tourne autour du pois chiche ! Amis péteurs, bonsoir !

Les plats populaires les plus répandus (et les moins chers), que les locaux mangent à tout heure de la journée, en vitesse accoudé à un comptoir de rue ou installés entre amis autour d'une table en fumant le narghilé, se déclinent presque toujours autour du pois (bien souvent le pois chiche) et du pain. C'est dingue d'ailleurs la variété de présentations et de goûts que peuvent prendre des préparations faites à partir de ce même ingrédient. On peut notamment citer :

- Le houmous (simple purée de pois chiche et de sésame)
- Le fateh (ça nourrit son homme pour la journée, c'est une sorte de soupe composée de pâte à pain recouvert de pois chiches chauds et de houmous.)
- Les falafels (délicieuses petites croquettes de purée de pois chiches frites dans l'huile que l'on mange soit en sandwich soit seuls comme un bon Belge mangerait son sachet de frites... c'est encore meilleur !) 
- Le foul (grosse fèves brunes chaudes au citron. Elles sont entières en Syrie, réduites en purée en Jordanie)

Comme l'indique la photo, tout ceci est toujours recouvert d'une bonne rasade d'huile d'olive et accompagné de quelques crudités et d'un délicieux pain arabe (moelleux et encore chaud le plus souvent). Alors oui, tout ceci est végétarien, vraiment savoureux mais, vous l'aurez compris, pas pour autant diététique !